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La famille recomposée

Extrait de la presse protestante régionale réformée, mai 2005

On y est presque : près d’un enfant sur deux naît hors mariage et cela ne choque pratiquement plus personne ! Qu’est-il arrivé à la famille française depuis une trentaine d’années ? Quelles ont été les principales évolutions du couple depuis les années 1970 ?

Avec l’allongement de la vie, le temps de vie conjugale s’allonge aussi. Un mariage qui, au 17 e siècle, durait en moyenne 10 ans, peut durer aujourd’hui plus de 60 ans. Le couple ne doit-il pas alors réinventer les formes de sa vie commune ? Le peut-il ?

Le mariage :
De 417 000 mariages, maximum atteint en 1972, nous sommes passés à 266 000 en 2004. La vision séculaire, économique et sociale, du mariage est abandonnée. Il ne garde plus que son aspect affectif et hédoniste. Mais si c’est là le seul but de la formation d’un couple, pourquoi se marier ? On s’aime, on cohabite. On ne s’aime plus, on se sépare. Quant au mariage religieux, dans une société déchristianisée, il n’est plus qu’apparat.

La cohabitation :
Jusqu’en 1970, elle concernait surtout les divorcés. On parlait de « concubinage ». En vingt ans, changement d’attitude complet : la cohabitation juvénile de célibataires est devenue prépondérante, sans que celle des divorcés ne diminue. Ainsi plus de 47 % des naissances se font aujourd’hui hors mariage, contre 30 % en 1990 et 6 % au milieu des années 1960. Parallèlement, l’âge moyen au mariage a augmenté de trois ans depuis 1990. La première naissance survient aujourd’hui à un âge moyen de 30 ans.

Le divorce :
Le nombre de divorces a commencé à augmenter en 1964. Pour 100 mariages, on comptait 6 divorces vers 1900, 10 en 1964 et environ 45 en 2004 ( 266 000 mariages et 125 000 divorces). Le divorce a été facilité par la loi de 1975 qui rétablit le divorce par consentement mutuel. Dans 75 % des cas, il est demandé par la femme.

Le PACS :
Le pacte civil de solidarité est un phénomène essentiellement urbain. L’évolution des mœurs et donc de l’opinion publique, a précédé la législation : il s’agissait de donner une reconnaissance légale à la vie commune de deux personnes de même sexe, environ 10 % de la population étant considérée comme homosexuelle (ou bisexuelle). On y a joint la possibilité d’un Pacs entre deux personnes de sexe différent. A ce jour, 130 000 couples ont choisi le PACS.

Les familles recomposées ou éclatées :
Mariage puis divorce, remariage ou cohabitation, nouveau divorce et nouveau foyer, cela peut faire beaucoup de demi-frères, de demi-sœurs, de beaux-pères et belles–mères, de grands-parents vrais ou faux, sans parler des oncles et tantes ! C’est la famille « patchwork ». Le nouveau conjoint partage la vie quotidienne et assure donc la « coparentalité ». Beaucoup d’enfants ne voient plus leur père (25 % des cas) ou de moins en moins. Les enfants sont confiés à la mère dans 85 % environ des divorces. Après divorce, les enfants perdent sur deux plans : sur le plan économique, car le niveau de vie des familles monoparentales avec mère seule est inférieur au précédent ; sur le plan psychologique, car ils sont séparés de leur père. La déstructuration des familles affecte la stabilité de la société, la délinquance qui se développe en témoigne.

Forte cohésion des liens familiaux :
A côté des familles éclatées, mais pas forcément en opposition, les sociologues ont étudié les liens solides existant entre parents et enfants adultes, mariés ou non, qui se traduisent par le maintien de relations affectives et par une aide matérielle au jeune couple (logement, garde d’enfant, aide financière).
Dans une société en changement rapide, la famille et ses relations entre générations, ne serait-elle pas vécue comme un refuge ? Cette interdépendance affective entre les générations est un des fondements de la continuité familiale.

L’intérêt porté aux larges parentèles :
Les recherches généalogiques ont le vent en poupe, ainsi que les rassemblements familiaux, autour d’un ancêtre vivant (noces d’or) ou d’une filiation commune (descendants d’un même ancêtre). Il semblerait que, le lien conjugal perdant de son importance, le rituel du mariage n’étant plus un rituel de passage, les liens de filiation en sont renforcés. La lignée plutôt que le mariage. Quand les liens conjugaux se fragilisent, les individus se raccrochent aux branches de leur arbre généalogique !

Libération des femmes :
Instruite, ayant leur indépendance économique et la maîtrise de leur corps (depuis les lois de 1967 et 1975), les femmes de l’an 2000 sont libres. Si le Code civil avait fait de la femme mariée une mineure, donnant au père la toute puissance, aujourd’hui c’est la mère qui a tous les droits. Les femmes deviennent le « premier sexe parental » comme le dit Evelyne Sullerot.

Politique familiale :
Sans que le caractère nataliste de certaines prestations sociales soit supprimé (cf. le caractère progressif des allocations familiales), néanmoins la redistribution « horizontale » (des célibataires et couples sans enfant vers les familles) est supplantée par la redistribution « verticale », des plus aisés vers les plus pauvres. La règle « sous condition de ressources » a modifié le sens de la politique familiale de l’assurance vers l’assistance. A considérer la politique familiale au cours du siècle, on peut se demander s’il existe une corrélation négative entre le plus d’Etat et le moins de famille. Le rôle des institutions publiques est-il finalement une cause ou une compensation au déclin des solidarités familiales ?

Gabrielle Cadier-Rey
Maître de conférence à La Sorbonne

Pour un dossier plus complet retraçant les évolutions de la famille, on lira avec profit la revue « Information-Evangélisation » de l’Église réformée de France
N° 1 / 2001 « Familles je vous aime… »
47 rue de Clichy 75 311 Paris cedex 09 T.01 48 74 90 92