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Le Statut des chiffres

Extrait de : Ensemble n° 212 - mai 2006

Par Christophe Jacon, pasteur de l’Eglise réformée de France

Réfléchissant sur la parentalité contemporaine, il est bon d'avoir un aperçu de l'état de la parentalité en France, ou plutôt des parentalités puisque de fait la famille nucléaire, traditionnelle, n'est plus la seule dans le paysage familial.

par Christophe Jacon

L'enquête dont je me ferai l'écho a été publiée en 2003 mais les chiffres datent de 1999. C'est la plus récente des études. Les chiffres, les pourcentages sont là pour donner une base à notre réflexion. Il ne convient pas d'être suiviste dans notre parole, d'être à la remorque de notre monde, d'avaliser, d'entériner ses choix. Si notre parole doit être incarnée, contextualisée (on ne peut pas dire la même chose aujourd'hui qu'il y a soixante ans) elle n'en a pas moins sa propre logique.

a) En 1999, on comptait 8,8 millions de cellules parentales. Parmi elles, il y avait :
• 6,5 millions de familles "traditionnelles". En pourcentage, elles représentaient donc à peu près 73 % de l'ensemble.
• Un peu plus de 1,6 millions de familles "monoparentales", soit quelque chose comme 20 % des familles.
• Enfin, on comptait 700 000 familles "recomposées", soit 7 %.

b) Dans ces familles, vivaient à peu près 16 millions d'enfants.
• 12 millions vivaient dans une famille traditionnelle, soit 75 %. La famille nucléaire est donc de loin la plus importante.
• 2,5 millions dans une famille monoparentale, soit un peu plus de 15 %.
• et 1,5 millions dans une famille recomposée, soit à peu près 10 %.
Conclusion : Au total, il y avait 4 millions d'enfants qui ne vivaient pas dans une famille dite traditionnelle : soit 1 enfant sur quatre.

c) Au sein de ces familles recomposées,
500 000 enfants, soit un tiers de la totalité, vivent avec leurs deux parents. Autrement dit : un enfant sur trois est né d'une seconde union, qu'elle se soit ou non concrétisée par un mariage.
Les deux autres tiers des enfants, soit un million, vivent avec un des deux parents et un beau-parent.

d) La part des enfants qui vivent avec un seul de leurs parents augmente avec l'âge, du fait des ruptures de couples parentaux:
10 % des enfants naissent dans une famille monoparentale, à 6 ans, 20 % vivent avec un seul parent, et à 12 ans, il y en a 25%.
- pour ce qui est des enfants qui vivent dans une famille recomposée: à 3 ans ils sont 2%, à 6ans 3%, à 9ans, il y en à 6% et à 11 ans 9%.
Autrement dit, si aujourd'hui plus d'un couple sur trois divorce, la séparation a lieu de plus en plus tôt. Alors qu'il y a une dizaine d'années, il était peu fréquent de voir des enfants de maternelle dont les parents sont divorcés, la chose est désormais courante. En outre, il est clair que le fait d'avoir un enfant très jeune augmente le risque de séparation. Alors que les femmes ont des enfants de plus en plus tard (avant 30 ans il est de plus en plus rare de voir une femme avoir des enfants), il est fréquent de voir une femme de moins de trente ans vivre dans une famille recomposée.

e) Les familles monoparentales représentent un peu moins du double des familles recomposées car, en moyenne, quatre années s'écoulent avant qu'un partenaire séparé forme une nouvelle famille. Pendant quatre ans, l'enfant ou les enfants vivent seuls avec un de leurs parents. Les études montrent, même si le recul manque encore, que les enfants des familles recomposées quittent plus tôt le domicile parental. Seraient-ils autonomes plus tôt ? Seraient-ils plus mûrs ?

f) Parmi les familles monoparentales :
• 85 % des enfants vivent avec leur mère et 15 % avec leur père. Autrement dit, dans les séparations, 8 fois sur 10 l'enfant est confié à la mère.
Il convient de noter que lorsque les pères ont la garde de l'enfant, ils se remettent plus vite en couple que lorsqu'ils ne l'ont pas. Sont-ils plus pressés que les autres, pour des raisons pratiques ou d'intendance ? Les femmes sont-elles plus attirées par un homme qui élève seul son enfant ? Cela est difficile à dire.
Quoi qu'il en soit, c'est l'inverse pour la femme. Celle-ci a beaucoup plus de difficultés pour renouer des liens amoureux quand elle a la garde de son enfant que lorsqu'elle ne l'a pas. Et de fait, la femme qui a un ou des enfants à charge reste seule plus longtemps que les hommes.

g) Dans les familles recomposées, la répartition de la garde des enfants est différente :
• 65 % des enfants restent avec leur mère et 35 % d'entre eux vivent avec le père. Autrement dit, quand la famille est recomposée, 6 fois sur 10 l'enfant est confié à la mère.

h) L'homoparentalité est une réalité. Elle prend différentes formes. Des couples homosexuels, hommes ou femmes, dont le désir de paternité ou de maternité conduit à contourner la loi, pour adopter un enfant en Belgique par exemple. C'est aussi une maman divorcée qui a la garde de sa fille et qui refait sa vie avec une femme. Ou l’inverse. C'est également, un homosexuel dont le désir de paternité a conduit à concevoir un enfant avec une lesbienne. De fait, une étude évaluait à 11 % des couples lesbiens et 7 % des couples gays ayant un enfant à charge. Les enfants de ces couples sont souvent victimes de discriminations. Ils sont conduits à vivre avec un secret qui leur pèse et les rend plus stressés. Mais ils témoignent généralement d'une plus grande tolérance et sensibilité.

Conclusion : Après une période d'engagement peu réfléchi, conduisant à des séparations nombreuses et précoces, il semblerait qu'il y aurait non seulement un renouveau du mariage, mais également une démarche plus réfléchie des couples qui s'engagent. Il conviendrait de voir si cela modifie les chiffres qui viennent d'être cités.